Une première 2012 : deux Gigondas dans le Top 100 du Wine Spectator’s
Deux Gigondas figurent cette année dans le Top 100 du Wine Spectator’s, premier magazine vin au monde par son tirage (environ 300 000 exemplaires par mois) : le 2010 de Bertrand Stehelin, qui occupe la 34ème place, et, dans le même millésime, la cuvée traditionnelle du Château de Saint-Cosme qui arrive …sur la 2ème marche du podium ! La cuvée Valbelle 2009 de ce dernier était arrivée 10ème en 2011, première fois qu’un Gigondas entrait dans le « top 10 du Top 100 » .
Le magazine de l'appellation a réuni Louis Barruol, propriétaire du Château de Saint Cosme, et Bertrand Stehelin pour l’occasion.
Gigondas magazine : les consommateurs sont souvent curieux de connaître les coulisses de ce genre de classement… Avez-vous été sollicités directement en amont ?
Louis Barruol : « Non, les domaines n’apprennent la nouvelle qu’une fois la liste publiée. Il n’y a pas d’appel à échantillons spécifique puisque ne sont primés que des vins qui ont été dégustés au cours de l’année. Cinq journalistes se partagent les vignobles du monde entier. James Molesworth, en charge de la Vallée du Rhône, déguste également les vins de Bordeaux, des Finger Lakes de New York, de la Loire et de l’Afrique du Sud. Chaque senior editor fonctionne à sa façon. Molesworth choisit par exemple de ne goûter que des vins qui sont disponibles sur le marché américain. Tous proposent une dizaine de vins, puis ils ferraillent entre eux pour défendre « leur » sélection. Il faut souligner que ce classement récompense davantage un travail accompli sur plusieurs années qu’une seule bouteille. Il n’y a pas que la note attribuée au vin qui compte. Sont également importants sa disponibilité, mesurée par le nombre de caisses produites ou importées [les deux Gigondas primés représentent un volume similaire : 3 330 caisses pour le premier, 3 500 caisses pour le second], et son prix. Il y a des vins à 10 dollars dans le Top 100 ! »
Bertrand Stehelin : « Pour ma part, j’ai appris la nouvelle par un agent du Canada qui m’a appelé pour savoir s’il me restait du 2010. Il a été assez étonné de constater que je n’étais pas encore au courant ! »
LB : « Ce qui est pénible, ce sont les zappeurs, les opportunistes qui se précipitent sur leur téléphone alors qu’ils ne donnent pas signe de vie les années difficiles. Heureusement, ils sont peu nombreux. »
Gigondas magazine : comment interprétez-vous la présence de deux Gigondas parmi les 13 vins français qui arrivent dans les 50 premières places du Top 100 ?
LB : « C’est la première fois qu’y figurent deux Gigondas. Ça me fait particulièrement plaisir que Bertrand y fasse son entrée car nos vins ont des profils similaires. Ce sont des vins structurés, qui ont de la profondeur, mais également de la finesse, de la salinité. Ils expriment ce que j’appelle un « Grenache d’équilibre, de fraîcheur ». Et ce n’est pas un hasard : ces deux vins sont « géologiquement proches » : ils proviennent d’un même terroir de marnes calcaires.
Si le classement a peu d’impact sur la « trajectoire générale » de nos domaines, il est très valorisant pour l’appellation et pour la Vallée du Rhône.»
Gigondas magazine : Vous avez tous les deux travaillé avec la génération précédente avant de prendre les rênes. Est-ce qu’il a été difficile de parvenir à imposer vos choix ?
BS : J’ai rejoint le domaine familial Paillère et Pied-Gû en 2000. En parallèle, j’ai eu envie de vinifier mes propres vins. Grâce à l'acquisition de nouvelles vignes, j’ai pu m’installer en tant que jeune vigneron en 2004 et créer une marque [Bertrand Stehelin]. Mais si je souhaite faire des vins plus « modernes », la vision reste la même, il n’y a pas d’opposition. Et ma sœur Caroline fait la liaison : elle a rejoint les deux domaines en 2010 et se charge depuis de la commercialisation de toutes les étiquettes.
LB : J’ai en effet travaillé avec mon père plusieurs années. Le pire, c’était le travail à la cave ! Mais sinon, on était d’accord sur tout. Et je dois reconnaître avoir eu beaucoup de chance : il m’a toujours fait confiance.